White Bird, Gregg Araki (2013) [FEFFS 2014]

Du ciné underground au ciné d'auteur, il n'y a qu'un pas et Gregg Araki l'a franchi il y a quelques années. White Bird est donc assez loin de la radicalité de ses films de jeunesse, et même s'il se concentre sur le même sujet, il est l'un de ses films les plus accessibles.
Il passe ainsi d'une vision de l'adolescence pessimiste et rageuse, à un cocon ouaté à la fois très vivant et presque absent. Une vision très 'adultisée' de cette période.

Mais White Bird, c'est surtout l'explosion de l'american way of life par le démantèlement d'une famille typique américaine. Sous le vernis de ce qui est montré en exemple, la pourriture gagne discrètement, comme occultée par l'atmosphère protectrice d'un congélateur accidentellement débranché : ce n'est qu'à l'ouverture de la Boîte de Pandore qu'il révèlera, dans une explosion olfactive, tout ce qui se tramait sous la surface.

C'est à cette image que se déploie le film d'Araki, au-delà du simple parti-pris excentrique et de façon plus souterraine, en s'attachant à ses personnages qu'il utilise comme révélateur.

L'adolescence est certes le thème central, comme dans la plupart de ses films, mais si le personnage de Kat semble essentiel, c'est surtout autour de la mère que tout se joue. Figure tentaculaire qui semble régner sur le foyer, on comprend bien vite qu'elle représente la frustration d'une adulte au paradis perdu qui tente de rejouer son golden age au travers de sa fille et des yeux de son petit ami.
Écrasée par cette possessivité, Kat est livrée à elle-même après la disparition et tente de se construire hors de l'opposition qui la caractérisait. C'est ainsi dans une relative indifférence qu'elle va continuer sa vie, entourant les souvenirs impliquant sa mère d'un voile cotonneux.

Entre incompréhension et trouble sexuel propre à cet âge, on sent l'impact de cette période charnière, petite bombe à retardement qui ne refera surface qu'à l'âge adulte. Beaucoup de références pointent vers ce qui est sous-jacent, caché, et ce n'est certainement pas une coïncidence si la disparition est restée si longtemps inexpliquée, pour se voir résolue de façon si foudroyante lorsque Kat, à la fac, se détache de l'enfance et commence à prendre conscience de la mesure du trauma provoqué.

L'aspect policier quant à lui n'est clairement pas le moteur du film, qui se concentre sur les relations des personnages à leur propre enfance. Comme souvent, Araki peint un parfait portrait d'une période qui, pour peu que l'on ait été ado fin 80/début 90, nous sera instantanément familière. Un voyage sensoriel et émotionnel réussi pour ce qui est à ce jour pour moi, le meilleur Araki.

★★★

White Bird (White Bird in a Blizzard), Gregg Araki (sortie le 15 octobre 2014)
Avec Eva Green, Shailene Woodley, Shiloh Fernandez, Christopher Meloni, Gabourey Sidibe, Mark Indelicato - USA - 1h31

Synopsis
Kat Connors a 17 ans quand sa mère, Eve, une femme au foyer belle et énigmatique disparaît. Préoccupée par ses premiers émois amoureux la jeune fille ne semble pas s’inquiéter de l'absence de sa mère. Mais peu à peu Kat prend conscience et se retrouve très vite confronté à la vérité...

Une cinéphile

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